IDHEAL héberge également un lieu de formation, Les Ateliers de l'Institut. Son cycle annuel est ouvert aux professionnels de l’habitat et à tous ceux qui s'intéressent aux interactions entre le logement et le reste de la société. Ses conférences confrontent les visions analytiques et opérationnelles de chercheurs et acteurs, experts des mêmes sujets.

Programme 2022-23

Le logement en transition(s)

ANMA, Bassins à flot, Bordeaux ® Cyrille Weiner

Conférences

#1

L'OHV, Choisir son chez soi : ZAN et politiques locales de l'habitat
30 juin 2022
Jean-Philippe Le Gal, vice-président aux politiques contractuelles, à l'habitat et au logement de la communauté d'agglomération du Libournais (la Cali)
Anaïs Pitel, directrice du pôle aménagement et prospective territoriale de la communauté d'agglomération Lisieux Normandie
Cécile Féré, chargée de mission Urbanisme, habitat, logement aménagement, rue des enfants au secrétariat général de la Ville de Lyon
Philippe Estèbe, Acadie
Jules Peter-Jan, Acadie
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#2

L'OHV, Rentrer chez soi : l'articulation entre politiques de l'habitat et politiques des mobilités
17 mai 2022
Sylvain Simonet, chef de service Habitat social à la direction Habitat et logement de la communauté urbaine de Dunkerque
Artur-Jorge Bras, maire-adjoint à l'Habitat, à l'Urbanisme, au Logement, à la Rénovation Urbaine, à la Politique de la Ville, à la Mobilité et aux Transports à la Ville de Meaux
Arnaud Passalacqua, professeur à l'Ecole d'Urbanisme de Paris et co-président de l'Observatoire des villes du transport gratuit
Xavier Desjardins, Acadie
Jules Peter-Jan, Acadie
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Étude L'OHV, Observatoire de l'Habitat dans les Villes, édition n°1

Voici l'OHV, l'Observatoire de l'Habitat dans les Villes. Il s'agit de la première édition d'un observatoire d'une France habitée différemment selon ses territoires. Dans 21 villes représentatives d'une situation urbaine particulière et dans lesquelles les politiques mises en oeuvre n'aboutissent pas toutes et pas toujours aux mêmes résultats. Quoi d'étonnant ? De Rennes à Nevers en passant par Meaux, les Sables d'Olonne ou Pontarlier, peut-on vraiment comparer des moyennes de production de logement, d'artificialisation des sols ou de mobilité ?

Doit-on alors parler d'UNE politique du logement, ou DE politiqueS de l'habitat ? Ce nouvel outil d'analyse développé par Acadie et Jean-Claude Driant qui convoque de nombreux indicateurs (stock de logement, niveau de production, mal logement, taux de pauvreté, mobilité, indice de métropolisation, etc.) a pour ambition, au fil des éditions, d'approcher au plus près les situations du logement et de l'habitat dans des contextes géographiques, socio-économiques, historiques et politiques qui varient du tout au tout. En arrière-plan, ces constats territorialisés interrogent l'efficacité des politiques publiques nationales et/ou locales et leur capacité à garantir, à chaque citoyen, sa liberté de choix d'habitant.

Auteur: Acadie-Jean-Claude Driant | 26 janvier 2022
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Étude Héberger, c'est loger ? Aux frontières du logement ordinaire

Cette nouvelle étude résonne avec l’actualité et une situation structurellement difficile en France, l’hébergement. Au sens strict, il concerne, les personnes sans domicile et les demandeurs d’asile. Au sens large, il s’adresse à une population beaucoup plus nombreuse : jeunes, personnes âgées, en famille ou seules, en situation de dépendance ou de de handicap. Le sociologue Julien Damon passe en revue les populations concernées, les structures d’accueil, les acteurs et dresse le panorama d’un secteur pesant pour 2% du PIB et 3% des emplois, dont l’émiettement nuit à son efficacité. Il explique aussi qu’au fil du temps, l’hébergement (sauf le droit d’asile) a été progressivement pris en charge par la politique du logement et notamment par les bailleurs sociaux. L’offre d’hébergement pour les défavorisés équivalait à 1 % de l’offre HLM en 1990, à 5 % aujourd’hui et à 10 % avec le logement accompagné. Avec l’ensemble du secteur médico-social, les personnes hébergées occupent ainsi 20 % du parc HLM au total. Cette étude est soutenue par IDHEAL et la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA), la Fédération des entreprises sociales pour l’habitat (ESH), Logétude, et l’Organisme commun des institutions de rente et de prévoyance (OCIRP).

Auteur: Julien Damon | 9 novembre 2021
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Étude Nos logements, des lieux à ménager

"Nos logements, des lieux à ménager" a pour objectif de définir la qualité des logements de manière tangible et quantifiable. Cette étude s'appuie sur un échantillon d'immeubles franciliens construits entre 2000 et 2020, dont les plans de niveaux et des appartements ont été passés au crible d'un référentiel à 200 entrées. Plusieurs indicateurs inédits permettent de réfléchir à la qualité d'usage des logements, comme le "périmètre meublable" ou la "surface d'usage" qui rendent compte des mètres carrés réellement utilisables. Le premier chapitre est consacré aux résultats, le second passe en revue les conditions de production des logements dans le contexte francilien. L'étude, qui formule en outre un ensemble de propositions, a été menée de janvier à juillet 2021, avec la collaboration des étudiants du master 2 d'urbanisme de l'Université Paris-Nanterre.

Auteur: Pauline Dutheil, architecte, M2 de l'École urbaine de Sciences Po, Samuel Rabaté, M1 Aménagement et Urbanisme de l'Université Panthéon-Sorbonne, Alexandre Néagu, architecte et enseignant-chercheur | 30 août 2021
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Compacité des plans, taille des unités et distribution des surfaces ont un lien direct avec le coût de revient des opérations.

Étude Le plus grand architecte, c'est Bercy : filière de production des logements et qualités d'usage

Entre 2000 et 2020, le nombre de logements produits par la promotion immobilière a pris un essor sans précédent. Des conditions économiques, politiques et urbaines favorables ont renforcé le rôle des promoteurs immobiliers dans la fabrique urbaine. Peut-on toutefois établir des rapports entre la diffusion de la construction spéculative de logements et les évolutions récentes de la morphologie des logements collectifs ? En lien avec la conférence acteur-chercheur d'IDHEAL du 10 décembre 2020, Alexandre Neagu présente un extrait de sa thèse sur ce sujet.

Auteur: Alexandre Neagu, architecte DPLG, doctorantLAVUE UMR 7218, Centre Recherche sur l'Habitat | 19 janvier 2021
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Enquête en ligne Quels logements pour les Parisiens à temps partiel ?

Un pied ici, l'autre ailleurs ? Cette enquête en ligne vise à inventer un nouveau genre de pied-à-terre !
Vous venez régulièrement à Paris ; vous avez envie d’un « chez-vous », même à temps partiel, pour éviter l’hôtel, ne pas vous imposer, à chaque fois, à vos amis ou à votre famille, ou tout simplement être indépendant/e.
Vous aimeriez trouver une solution de logement adaptée à ce mode de vie, un pied ici, un autre ailleurs...Vous êtes parisien/ne mais peut-être pas pour toujours...
Dans le cadre du concours @FAIRE_Paris 2020,Majma, IDHEAL, Cheuvreux et Pavillon de l'Arsenal imaginent un nouveau type de logement qui répondrait à vos attentes.
Votre avis nous intéresse, dites-nous, en quelques clics, où et comment vous aimeriez habiter, lorsque votre travail ou vos envies vous mènent à Paris ou alentour. Cette enquête vous prendra dix minutes, merci! Pour participer, bit.ly/32pTYzd

Auteur: Majma/IDHEAL | 20 avril 2021
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4 juillet 2022

T comme ... Tente

Une tente… Que vous évoque cet objet-lieu de vie? Un week-end nature, un camp scout, un festival de rock, du glamping (glamourous camping…) La tente se fait écolo ou bobo dans sa version yourte voire chic lorsqu’on y ajoute des guirlandes et des sanitaires. Dans la rue, l’occupant d’une tente est un sans-domicile-fixe, sur une place, c’est un manifestant engagé, dans la nature un baroudeur, sur un théâtre de guerre, un militaire ou un médecin. Dans le désert, la tente témoigne d’une vie nomade et en ville, parfois d’un combat inégal avec des policiers qui piétinent et évacuent violemment ces bouts de toiles et leurs occupants, comme place de la République à Paris en novembre 2020.

Une tente et de multiples usages...
C’est que la tente est un objet difficile à catégoriser. Solution de logement temporaire et mobile pour qui veut, -ou doit- voyager en portant sa maison sur son dos, elle est également le premier lieu de sédentarisation, le premier seuil vers un espace « à soi », protégé du regard des autres et des intempéries. La tente est la première unité d’habitation, le premier logement construit. La plus ancienne a été découverte en Moldavie et daterait de -40 000 avant J.C.. Est-ce son côté pratique, léger et indispensable, elle n’a jamais cessé d’être fabriquée et peut l’être à l’aide de toutes sortes de matériaux. De nouveaux modèles apparaissent, toujours plus résistantes au froid, ergonomiques, ou écologiques. Les tentes belges ORIG-AMI distribuées aux SDF sont par exemple des abris en carton recyclé, facilement pliables et transportables. Elle change de taille: une personne se glisse dans la « Quechua 2 s » qui se déploie en un clin d’œil et se replie en à peine plus (une fois compris comment faire un 8). Il faut un peu plus de temps pour installer les tentes berbères aux sols recouverts de tapis, mais elles peuvent abriter des assemblées entières.
Une tente pour se loger
La tente permet aux SDF de soustraire du paysage urbain et à la vue des passants, la vision de leur corps fragilisé. Paradoxalement, le campement comme phénomène urbain mondialisé, issu de la précarité et des mouvements politiques qui la combattent, leur apporte, une visibilité nouvelle. En France, l’usage récent des tentes comme dispositif politique date de l’hiver 2006 avec l’installation des enfants de Don Quichotte le long du canal Saint Martin dans le 10ème arrondissement, pour faire réagir opinion publique et classe politique. En 2009, l’association Médecins du monde décide de distribuer ces abris aux démunis comme sur un lieu de catastrophe. La même année, au Japon, le village de tentes installé près du palais impérial par Renzo, la Confédération des syndicats du travail, dénonçait le sort des personnes qui perdaient leur emploi et n’avaient pas accès au chômage.
Une tente pour alerter
La géographe Djemila Zeneidi-Henry analyse ces mouvements qui mêlent l’usage des tentes, objet de survie et support d’action politique, comme une complexification des signifiants associés à la présence des SDF, et une politisation de l’ordinaire et de l’habitat. D’unité d’habitation, la tente s’impose comme « unité d’évaluation de la situation » pour dresser un état des lieux. La tente devient un symbole d’occupation de l’espace, non pas furtif et caché, mais revendiqué et militant, comme celui d’Utopie 56 qui accueille des mineurs sur la très touristique place de la Bastille, à Paris en 2022. Plus de 15 ans avant, le président de l’association Les Enfants de Don Quichotte déclarait: « on bougera s’il y a du concret. Chaque fois que quelqu’un sera relogé, on pliera la tente.». Pour le collectif Yes We Camp, l’accueil de touristes dans un camping au pied des centres d’hébergement, dans des projets d’urbanisme transitoire permet de replacer l’hospitalité au cœur des métropoles en occupant les interstices urbains et de montrer la tente pour ce qu’elle est, une étape intermédiaire entre le dénuement total de la rue et les lieux d’hébergement ou un vrai logement. Elle en possède parfois les attributs. Les tentes de la Jungle de Calais étaient décorées, « meublées » d’objets rappelant des ambiances ou des petits morceaux de la maison quittée.
Une tente pour protester
Le combat politique à travers cet objet ne se cantonne pas à la lutte pour le droit au logement. Le campement en ville est également associé aux grands mouvements de contestation. La tente y est utilisée comme le symbole d’une manifestation qui s’impose, via une infrastructure légère, durablement dans l’espace public. Elle s’installe souvent sur les lieux symboliques, places Tahrir au Caire, de la République à Paris avec le mouvement Nuit Debout, à New York avec Occupy Wall Street…
Une tente pour habiter ?
Héberger c’est loger, dit le sociologue Julien Damon. Et camper? Que nous dit une telle multiplicité d’usages, d’occupants, de dimensions sociales et spatiales? Si la tente peut constituer un « logement » pour ceux qui n’en ont pas, permet-elle d’habiter, dans le sens de se construire et se créer un rapport au monde ? Les sans-abris ou les sans-maison vivent à la rue, habitent un espace, une tente, dans l’attente de le quitter un jour.

29 juillet 2022

Revenir à la terre… À l’heure où la ville semble ne plus tenir ses promesses et où la spéculation immobilière rend l’Occident malade de ses sols, le K de « kibboutz » sonne étonnamment moderne

K comme Kibboutz

Arieh Sharon, study of functions and interrelations, 1940's (Ronny Schüler: Forms, Ideals, and Methods. Bauhaus Transfers to Mandatory Palestine).

Le kibboutz remet la terre au centre, celle du pays, celle du jardin. Il évoque le don biblique, le rêve pastoral, le choix marxiste de la collectivisation du foncier et la modernité économique d’Israël, fondée sur une production agricole technicisée pour être autosuffisante. Le kibboutz, de l’hébreu « קיבוץ » (assemblée), est d’abord une organisation sociale et politique, une expérience de vie et d’habitat en commun. Il est structuré autour d’un village agricole, établi en régime de propriété mutualisée et anti-spéculative… “Grain de maïs”, “Degania” est le premier à germer en 1909, au bord du lac de Tibériade. Ses fondateurs sont des immigrants, sionistes et socialistes, membres du Bund, l’organisation des travailleurs, juifs et (mais?) laïcs. D’origine russe, lituanienne et polonaise, ils redescendent aux champs après être “montés” en Terre promise selon l’expression consacrée... Soixante-quinze ans après l’émergence du fouriérisme, dix après la publication des thèses de Théodore Herzl et la naissance des kolkhozes en URSS, ils défendent le collectivisme, l’agrarisme et l’idéal millénariste du retour à la terre. « Poussière tu es né, poussière tu redeviendras » dit Dieu à Adam et Ève dans le Livre de la Genèse. Le kibboutz (ou la Bible?) développe une pensée écologique avant l’heure.

Une terre très terre à terre
Le kibboutz est une façon d’« habiter la terre ». Il propose un modèle d’autogestion qui emprunte à l’anarchisme et organise les rapports sociaux de manière horizontale. Tous les kibboutznik (habitants) sont des égaux. Aucune tête n’y pousse plus haut que l’autre. Les décisions sont prises par une assemblée, sans chef, ni représentant élu, qui se réunit à chaque fois que se pose une question concernant la vie de la communauté ou la gestion de la copropriété. L’égalité des sexes y est revendiquée. Les hommes sont à la cuisine, les femmes labourent les champs et se forment à l’ingénierie agronomique et inversement. Les enfants, séparés de leurs parents la plupart du temps, sont éduqués par la collectivité-providence, que l’historien Moshe Lewin decrit comme « arbre faisant croître des fruits en abondance ».
Le kibboutz pense enfin et surtout l’oikonomia, la « science de la gestion de la maison », de manière très… terre à terre ! Les lieux sont organisés selon un modèle d’habitat collectif fonctionnaliste dont les plans sont minutieusement établis, parfois par des architectes issus du Bauhaus qui réfléchissent aux distances à parcourir dans la journée, à celles qui séparent parents et enfants, les lieux publics de ceux de l’intimité… Au centre se déploient les édifices de vie collective (réfectoire, auditorium, bureaux, bibliothèque), entourés des jardins publics et des logements privés. Les équipements sportifs et les bâtiments industriels sont en retrait. Enfin, les bâtiments agricoles, champs et vergers sont construits à la périphérie. Symbole d’une société égalitaire, le Kibboutz tient aussi par son organisation stricte, de la journée, de la vie matérielle, de la sociabilité, de l’éducation, des temps de loisir, d’intimité et de repos. et… son contrôle social.

Vaincu par le soft power et le rêve yankee
Les greffes du modèle prennent rapidement et des centaines fleurissent entre 1920 et la décennie suivant la création de l’État d’Israël (1948-1960). Mais le modèle régresse en Israël à partir des années 70. La terre est désertée par ceux qui préfèrent habiter la ville. Le labeur agricole ne fait plus rêver. Les kibboutzniks, à peine 4% de la population israélienne en 1960, n’en représentent plus que 0,8% en 2020. Dans « The Kibbutz Dwelling : Ideology and Design », Eyal Amir, Arza Churchman et Avraham Wachman, chercheurs au Technion montrent que ce modèle finit par s’éroder, à mesure que le soft power américain diffuse le rêve d’un mode de vie libéral et individualiste. Dans le même temps, le renouveau des mouvements religieux favorise le repli des femmes et des enfants de certaines familles vers la sphère intime du foyer.
Jadis portée aux nues, le modèle essuie les critiques contre ce qui fit un jour son succès : surveillance et coercition sociales, trop faible intimité ou égalitarisme jugé répressif. Dans un article intitulé « The Limits of Equality : Insights From the Israeli Kibbutz », le professeur d’économie à Stanford, Ran Abramitzky, montre qu’entre les années 80 et 2000, les kibboutzim n’ayant pas réussi à moderniser leur production agricole sont soumis à des appétits de privatisation des ressources collectives, comme le foncier ou l’eau. Certains kibboutzniks commencent à trouver un peu stérile , surtout pour eux, le partage égalitaire de la terre et de ses produits.

Le mur de la propriété
Les kibboutzniks ont rendu la clé des champs, pour aller vers les villes… L'expérience demeure toutefois source d’inspiration pour des formes d’habitat moins radicales, collectives, participatives, coopératives qui se développent sous nos latitudes. Nés de nouvelles utopies, de contraintes économiques ou environnementales, ces montages qui tentent de faire cohabiter partage et portage ont encore peu de poids face aux solides murailles de la propriété privée. Pas sûr qu’il suffise d’en faire 7 fois le tour pour les faire tomber…

19 juillet 2022

S comme... Solastalgie

Si la vie est faite de mouvements, l’expérience spatio-temporelle après une longue absence, du retour dans un lieu où l’on a vécu est parfois plus marquante que le déchirement du départ. Singulière et pourtant universelle: la maison semble plus petite, la végétation dans la rue moins fournie, le paysage différent, comme si l’attachement aux lieux vécus leur conférait un impératif d’immuabilité. Peu importe, en réalité, que ceux-ci aient réellement changé en notre absence, loin des yeux, ils ont bougé, en tout cas pour la personne que nous sommes devenue.
La solastalgie est une autre forme de nostalgie. Celle des lieux que l’on n’a pas quittés, moins empreinte de nos propres mutations que de celles de notre environnement. Formé du latin solacium (le réconfort, le soulagement) et du suffixe grec algia (relatif à la douleur), ce concept développé par le philosophe australien Glenn Albrecht se définit comme l’« expérience d’un changement environnemental vécu négativement » La douleur de voir s’évanouir les lieux qui procurent du bien être ou rassurent. Une vue bouchée par une nouvelle construction, l’ambiance d’un quartier dont on s’aperçoit un beau jour qu’elle n’est plus la même, des changements brutaux et des évolutions lentes. Le logement, ancrage et refuge, est le lieu d'observation privilégié de ce mal du pays ressenti par ceux qui ne sont jamais partis.

Solastalgie+Eco-anxiété
Depuis toujours, les catastrophes naturelles ont un impact sur nos milieux de vie. C’est de l’intensification de ces phénomènes, notamment là où ils n’étaient pas anticipés, qu’est venu le besoin de nommer ce ressenti. Par les victimes d’inondations dans des villes aux rivières apparemment calmes, des feux en bord de mer, des canicules sous des latitudes tempérées... Et de phénomènes tout aussi dévastateurs pour les territoires et les paysages : la sécheresse, la désertification ou encore le recul du trait de côte. La solastalgie se double aujourd’hui d’une éco-anxiété? Certains de ces phénomènes sont prévisibles, même à moyen ou long terme. La startup Callendar, spécialisée dans l’évaluation des risques climatiques, permet par exemple de mesurer le risque de submersion de n’importe quelle adresse en France métropolitaine. Voire d’une éco-éco-anxiété, lorsque les risques climatiques ont pour conséquences immédiates et calculables, la dévalorisation de leur patrimoine immobilier, qu’il l’habitent ou le louent. Ou bien, si ces changements se traduisent dans les politiques publiques, par l’élaboration de documents d’urbanisme restrictifs et/ou contraignants qui rendent des terrains inconstructibles.
Solastalgie+exposition sociale
Si le réchauffement climatique et les mutations de l’environnement nous concernent tous, notre exposition à la solastalgie varie selon notre capital financier et les politiques publiques mises en oeuvre par ceux qui nous gouvernent. A quelques exceptions près, comme les belles villas en bord de mer, les quartiers défavorisés sont plus exposés aux aléas climatiques, parce qu'installés sur des sites moins protégés, constitués d’habitats plus précaires ou moins pris en charge par des préventions publiques. Le géographe Francois Mancebo, spécialiste de la justice environnementale attire notre attention sur le fait qu’une catastrophe naturelle est « fondamentalement, une catastrophe humaine, en ce qu’elle résulte de choix d’exposition ou non à l’aléa ». Il estime par exemple qu’un ouragan comme Katrina (Floride et Louisiane, 2005) ne constituait pas seulement une menace extérieure. A La Nouvelle-Orléans, les quartiers les plus élevés par rapport à la mer et les moins touchés par l’ouragan étaient les quartiers les plus aisés. Par ailleurs, dans des quartiers pauvres formés de maisonnettes en bois qui n’ont pas été les plus touchés par les inondations, comme le Lower 9th ward, peu de réhabilitations ont été menées faute de moyens de la part de leurs habitants mais aussi de fonds publics, plutôt orientés vers les sites les plus rentables. Pour les habitants restés sur place, la solastalgie s’est alourdie d’un sentiment d’abandon par les pouvoirs publics. Comme une continuité historique, une forme de fatalité solastalgique… « They are trying to wash us away » chante Aaron Neville. Ce ne sont pas les dégâts humains provoqués par Katrina qu’il évoque, mais des inondations de 1927, dont la répétition était prévisible…

11/7/2022

E comme Encorbellement

Rue Pastourelle à Paris

Attention la tête ! Vous risquez de vous prendre une poutre… Un encorbellement désigne, accrochez-vous, “une saillie portant à faux d’un mur, qui permet de supporter une charge en surplomb et en avant-corps de son nu”. A ce stade, il nous faut peut-être un dessin ! L’encorbellement vient du mot corbeille, en vieux français “corbeaux”, qui désigne en architecture des éléments posés les uns sur les autres, dont chacun est plus saillant que celui du dessous. Superposés, ces corbeaux en pierres taillées ou en poutrelles de bois, plus tard en métal, élargissent la maison ou l’immeuble d’étage en étage, au fur et à mesure qu’ils s’élèvent. De profil, les encorbellements dessinent une sorte d’ “escalier à l’envers”. Plutôt inconfortable donc, pour les volatiles qui pourraient s’y reconnaître et voudraient s’y installer !

Dans les villes européennes, l’encorbellement est typique de l’architecture médiévale tardive. Les immeubles bourgeois sont alors réalisés en pans de bois ou en colombages. Cette inversion apparente de la logique gravitationnelle des formes urbaines puise ses justifications dans des registres variés. Technique d’abord, avec des avancées qui font office de gouttière et protègent les façades inférieures en bois ou en torchis ainsi que les fondations et l’eau de pluie qui ne ruisselle plus sur les murs et ne stagne pas. Sécuritaire ensuite, puisque ces dépassements épargnent les passants et commerçants installés en rez-de-chaussée des solides et liquides dont la coutume est à l’époque de se débarrasser par la fenêtre. Urbanistique également, car les encorbellement servent à gagner de la place dans des villes souvent denses, dont l'extension est limitée par la topographie ou les remparts. Enfin et surtout, la fiscalité calculée sur la taille de la parcelle occupée au sol explique que certains propriétaires tentent d’en diminuer l’assiette en ajoutant quelques mètres carrés suspendus à leur bâtiment.
Elégance et opulence
Compte tenu de la faible avancée d’un étage sur l’autre, il est probable que les encorbellements, plus que réellement pratiques, furent aussi des prouesses d’architectes devenus signes extérieurs de richesse. Les styles sont variés, élégants et sophistiqués. Outre les traditionnelles terrasses à balustrades ou les auvents protecteurs, l’“AOC encorbellement” prend aussi la forme de loggias, des galeries situées en avant-corps de l’un des étages construites pour jouir d’un panorama, prendre l'air ou voir sans être vu derrière des croisées de bois, ou des moucharabiehs dans d’autres cultures. Il peut aussi soutenir des poivrières, tourelles coiffées de chapeaux pointus placées à l’angle d’un château ou d’un hôtel particulier, ou des échauguettes, plus souvent carrées, originellement réservées aux guetteurs, qui permettent d’ouvrir des vues bien plus larges que le seul coin d’une construction. Autant d’espaces où s’isoler, circuler, à la fois extérieurs et intérieurs, dont les fonctions redeviennent actuelles depuis notre expérience collective du confinement.
Dangereuse promiscuité
A la fin du Moyen- âge et à la Renaissance, l’architecture en encorbellement est tellement répandue qu’elle mène parfois à l’obstruction complète de rues et ruelles, réduites à l’état d’obscurs tunnels. Les échevins de Rouen interdisent en 1520 la construction de ces maisons, dont les étages supérieurs presque contigus privent les rues du soleil, de la pluie et de la nécessaire circulation d’air qui les rend praticables. L’encorbellement est ainsi jugé responsable d’une dégradation de la salubrité des immeubles et de l’espace public, et d’une augmentation du risque de propagation des incendies. En 1659, le chroniqueur, paysagiste et urbaniste anglais John Evelyn décrit la ville de Londres comme un « agrégat anarchique de maisons de bois s’avançant chacune davantage que l’autre sur la voirie ». Sept ans plus tard, 85% de la superficie de la ville est détruite par le Grand Incendie de 1666. Le feu se propage à toute vitesse en empruntant ces ponts de bois qui relient les étages supérieurs.
De beaux restes de ces beaux gestes
A Paris, on peut encore apercevoir des auvents en bois aux toits des immeubles médiévaux des 11 et 13 rue François Miron, dans le quartier du Marais. On retrouve aussi des encorbellements de pierre supportant les poivrières des hôtels particuliers, sur les façades de l’Hôtel des Archevêques de Sens, rue du Figuier, ou de l’Hôtel de Clisson-Soubise au 58 rue des Archives. De nombreux centres-villes médiévaux français ont aussi conservé des traces de cette architecture. A Vannes, Quimper, Saint-Brieuc, Rouen, Troyes, Bourges, Dijon, Strasbourg, Colmar, Bourg-en-Bresse, Albi, Cahors ou Figeac, on peut encore admirer de beaux encorbellements s’avançant sur des façades en colombage, de torchis ou de brique.

5 juillet 2022

R comme ruine, ruineux, ruiné...

L'architecture c'est ce qui fait de belles ruines disait Auguste Perret. La bonne architecture en fait-elle de plus belles?

À l’heure du dynamitage, les uns viennent applaudir la disparition d’une «verrue urbaine», les autres pleurent leur enfance retournée à la poussière. Que reste-t-il quelques minutes après le grand boum ? La ville se sédimente de plus en plus vite, les ruines modernes en sont un précipité brutal, vite dissous. Vingt-cinq, trente ans, voilà le court horizon des constructions ordinaires.. Depuis plusieurs décennies, les immeubles de bureaux, de logements ou les locaux commerciaux existent parce que le «marché» les réclame. Des produits de consommation issus d’une société libérale et en croissance, peu durables et qui durent peu. Comme l’explique le philosophe Bruce Bégout, ils sont « in-signifiants», n’ont que la fonction d’abriter la précarité du travail ou de ses fruits, eux-mêmes fabriqués par une urgence spéculative, dont témoignent leurs murs trop fins, leur mode de construction trop rapide, leurs matériaux, leur caractère négligeable, même en pièces détachées. Irrécupérables, et pourtant si encombrants... Une fois vidées de leurs usages et de leurs usagers, ces ruines, car c’en sont, peuvent pourrir sur pied pendant des années.
Défaire
Les exemples sont partout. A Detroit, aux Etats-Unis, le dessin est encore net des parcelles de dizaines de milliers de maisons réduites à quelques tas, enterrées dans leurs sous-sols, vite recouvertes par la nature redevenue sauvage et conquérante. Comme après une guerre, celle-ci est économique. La ville, privée de contribuables, trop pauvres ou absents, n’a même plus les moyens d’assurer la démolition des ruines dont elle partage la propriété avec les banques qui les ont fabriquées.
Les traces de la crise sont aussi gravées à Sesena Nueva, en Espagne, au sud de Madrid, dans le paysage d’une ville nouvelle prévue pour 40 000 habitants, stoppée net en 2008, figée, faute de clients et de crédits. Ici, la ruine précède l’existence même. La crise, encore elle, explique la galerie mortuaire de deadmalls.com, un site américain dédié aux centres commerciaux vidés de leurs visiteurs et de leurs boutiques. L’urbex, exploration de lieux généralement fermés et interdits met en scène ce déclin photogénique. Les photos, les posts sur Instagram feront leur histoire. Car bien qu’elles témoignent d’une époque, la nôtre, ces ruines, sans passé ni avenir, ces bâtiments au service plutôt qu’à la gloire de... n’obtiendront jamais ni le titre de vestige, ni l’attention qui parfois l’accompagne. Quasi automatiques pour le moindre mur d’avant 1900, outrageusement patrimonialisé, les soins sont chichement prodigués aux édifices du 20ème siècle, en béton, en verre ou en pierre. Paradoxe de la modernité, l’innovation les rend aussi plus rapidement obsolètes : formes balayées par une nouvelle pensée urbaine, matériaux repoussoirs, performances thermiques minables… Il faut remonter plus loin, à des volumes pensés pour l’industrie, mais comme des cathédrales, pour tirer à nouveau parti de l’existant en en changeant l’usage. Mais la transformation ne vaut que sur des terrains valorisables, financièrement.
Refaire
« La ruine permet de prendre la mesure des stratifications et de l’appareillage qui ont présidé à l’édification. C’est parfait pour un professeur ou un archéologue, car c’est quand le malade est en train d’être opéré que la leçon devient intéressante », dit l’architecte chinois Wang Shu. Le réemploi promu par l’architecte Yves Ubelmann est plus vital encore. Les drones de sa société Iconem survolent et mitraillent les villes en guerre avant leur fin. Rien de mieux que les débris d’un bâtiment fraîchement détruit pour comprendre comment il a été construit. Et permettre de le reconstruire grâce aux milliers de photos et aux reconstitutions en 3D. L’image est ainsi la meilleure assurance-vie des monuments des grands sites, comme des lieux qui n’intéressent encore personne. Le groupe de recherche Forensic Architecture utilise aussi l’architecture des théâtres de guerre ou de guérillas pour documenter la violence urbaine.
Mieux faire
Faut-il conserver les ruines, les protéger, les exposer ? Ou pourrait-on éviter de se poser la question en retournant la critique de Bruce Bégout. Pour ne plus avoir à recycler notre propre gaspillage, pensons l’avant et allégeons le plus possible les traces qui resteront. En reconstruisant, en réutilisant ou en pensant l’architecture éphémère ou mutable, transportable dans certains cas. Banksy l’avait mis en scène à Dismaland en Angleterre près de Bristol : un parc d’attractions construit en ruines, comme mise en abîme d’un passé féérique post-apocalyptique. Comble de l’ironie ou du cynisme, le bois de ce happening a été réutilisé pour des abris dans la jungle de Calais, eux-mêmes démolis quelques mois plus tard.

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