IDHEAL héberge également un lieu de formation, Les Ateliers de l'Institut. Son cycle annuel est ouvert aux professionnels de l’habitat et à tous ceux qui s'intéressent aux interactions entre le logement et le reste de la société. Ses conférences confrontent les visions analytiques et opérationnelles de chercheurs et acteurs, experts des mêmes sujets.

Programme 2022-23

Le logement en transition(s)

ANMA, Bassins à flot, Bordeaux ® Cyrille Weiner

Conférences

#1

L'OHV, Choisir son chez soi : ZAN et politiques locales de l'habitat
30 juin 2022
Jean-Philippe Le Gal, vice-président aux politiques contractuelles, à l'habitat et au logement de la communauté d'agglomération du Libournais (la Cali)
Anaïs Pitel, directrice du pôle aménagement et prospective territoriale de la communauté d'agglomération Lisieux Normandie
Cécile Féré, chargée de mission Urbanisme, habitat, logement aménagement, rue des enfants au secrétariat général de la Ville de Lyon
Philippe Estèbe, Acadie
Jules Peter-Jan, Acadie
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#2

L'OHV, Rentrer chez soi : l'articulation entre politiques de l'habitat et politiques des mobilités
17 mai 2022
Sylvain Simonet, chef de service Habitat social à la direction Habitat et logement de la communauté urbaine de Dunkerque
Artur-Jorge Bras, maire-adjoint à l'Habitat, à l'Urbanisme, au Logement, à la Rénovation Urbaine, à la Politique de la Ville, à la Mobilité et aux Transports à la Ville de Meaux
Arnaud Passalacqua, professeur à l'Ecole d'Urbanisme de Paris et co-président de l'Observatoire des villes du transport gratuit
Xavier Desjardins, Acadie
Jules Peter-Jan, Acadie
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Recherche Atelier-Etudiants ZAN : OBJECTIF HORS-SOL ? Le cas du Grand Poitiers

Un cas d’étude dans l’un des premiers territoires de sobriété foncière, soumis à une demande de logements et de développement soutenue et gouvernée par une équipe écologiste, nouvellement élue, déterminée à économiser les ressources, foncières en particulier.

Auteur: Étude réalisée par les étudiants du M2 « Politiques Urbaines et Gouvernance des Territoires » de l’Université Paris Dauphine-PSL (Amélie Agnel, Anna Blouet, Mehdi Bouzemarene, Benjamin Dutus, Apolline Helloco, Joséphine Hutchison et Emma Neltner – encadrés par Francois Cusin et Marie Piganiol) en partenariat avec IDHEAL | 29 septembre 2022
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Étude Une densité nommée D.E.S.I.R

La densité suscite-t-elle envie ou rejet ? Nous parions sur le premier, c'est pourquoi nous initions une étude autour de la densité résidentielle, sous toutes ses facettes que nous avons nommée DESIR. Une Densité Eprouvée, Souhaitée, Imaginée, ou Redoutée à travers le regard neuf et critique de futur.e.s politistes, urbanistes, architectes, ingénieur.es, géographes et économistes.

IDHEAL-Recherche mobilise pour l'année universitaire 2022 - 2023 une série d'ateliers étudiants de M1 et M2, dans différentes universités, qui travailleront chacun cette notion, selon leurs disciplines, sur des terrains particuliers. Ce corpus d’études ne vise pas à se positionner pour ou contre la densité résidentielle ou à considérer que la densification serait un instrument allant de soi dans le contexte d’impératif de sobriété foncière. Il vise à analyser les choix et l'efficacité de différents mécanismes de politiques publics ou de pratiques de marché en prenant en compte l’ensemble des enjeux de l’aménagement. Non seulement la forme urbaine, mais aussi la préservation de la biodiversité, la production d’une offre de logements abordables, la tension politique et de voisinage que ce sujet peut engendrer…
Les résultats de l'étude seront disponibles et publiés à l'été 2023.

En attendant, pour en savoir plus sur le corpus et les ateliers :

Étude L'OHV, Observatoire de l'Habitat dans les Villes, édition n°1

Voici l'OHV, l'Observatoire de l'Habitat dans les Villes. Il s'agit de la première édition d'un observatoire d'une France habitée différemment selon ses territoires. Dans 21 villes représentatives d'une situation urbaine particulière et dans lesquelles les politiques mises en oeuvre n'aboutissent pas toutes et pas toujours aux mêmes résultats. Quoi d'étonnant ? De Rennes à Nevers en passant par Meaux, les Sables d'Olonne ou Pontarlier, peut-on vraiment comparer des moyennes de production de logement, d'artificialisation des sols ou de mobilité ?

Doit-on alors parler d'UNE politique du logement, ou DE politiqueS de l'habitat ? Ce nouvel outil d'analyse développé par Acadie et Jean-Claude Driant qui convoque de nombreux indicateurs (stock de logement, niveau de production, mal logement, taux de pauvreté, mobilité, indice de métropolisation, etc.) a pour ambition, au fil des éditions, d'approcher au plus près les situations du logement et de l'habitat dans des contextes géographiques, socio-économiques, historiques et politiques qui varient du tout au tout. En arrière-plan, ces constats territorialisés interrogent l'efficacité des politiques publiques nationales et/ou locales et leur capacité à garantir, à chaque citoyen, sa liberté de choix d'habitant.

Auteur: Acadie-Jean-Claude Driant | 26 janvier 2022
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Étude Héberger, c'est loger ? Aux frontières du logement ordinaire

Cette nouvelle étude résonne avec l’actualité et une situation structurellement difficile en France, l’hébergement. Au sens strict, il concerne, les personnes sans domicile et les demandeurs d’asile. Au sens large, il s’adresse à une population beaucoup plus nombreuse : jeunes, personnes âgées, en famille ou seules, en situation de dépendance ou de de handicap. Le sociologue Julien Damon passe en revue les populations concernées, les structures d’accueil, les acteurs et dresse le panorama d’un secteur pesant pour 2% du PIB et 3% des emplois, dont l’émiettement nuit à son efficacité. Il explique aussi qu’au fil du temps, l’hébergement (sauf le droit d’asile) a été progressivement pris en charge par la politique du logement et notamment par les bailleurs sociaux. L’offre d’hébergement pour les défavorisés équivalait à 1 % de l’offre HLM en 1990, à 5 % aujourd’hui et à 10 % avec le logement accompagné. Avec l’ensemble du secteur médico-social, les personnes hébergées occupent ainsi 20 % du parc HLM au total. Cette étude est soutenue par IDHEAL et la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA), la Fédération des entreprises sociales pour l’habitat (ESH), Logétude, et l’Organisme commun des institutions de rente et de prévoyance (OCIRP).

Auteur: Julien Damon | 9 novembre 2021
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Étude Nos logements, des lieux à ménager

"Nos logements, des lieux à ménager" a pour objectif de définir la qualité des logements de manière tangible et quantifiable. Cette étude s'appuie sur un échantillon d'immeubles franciliens construits entre 2000 et 2020, dont les plans de niveaux et des appartements ont été passés au crible d'un référentiel à 200 entrées. Plusieurs indicateurs inédits permettent de réfléchir à la qualité d'usage des logements, comme le "périmètre meublable" ou la "surface d'usage" qui rendent compte des mètres carrés réellement utilisables. Le premier chapitre est consacré aux résultats, le second passe en revue les conditions de production des logements dans le contexte francilien. L'étude, qui formule en outre un ensemble de propositions, a été menée de janvier à juillet 2021, avec la collaboration des étudiants du master 2 d'urbanisme de l'Université Paris-Nanterre.

Auteur: Pauline Dutheil, architecte, M2 de l'École urbaine de Sciences Po, Samuel Rabaté, M1 Aménagement et Urbanisme de l'Université Panthéon-Sorbonne, Alexandre Néagu, architecte et enseignant-chercheur | 30 août 2021
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23 septembre 2022

W comme Water-Closet

Subodh Gupta, Monnaie de Paris 2018

C’est la plus petite pièce de la maison. Elle sert à tous, mais à un seul à la fois. Son statut est éminemment privé et pourtant tout le monde y va. On y passe ou on y reste, on doit parfois y filer. A l’anglaise? Indeed, to the “loo”. Les rapports franco-britanniques sont étroits sur ce sujet-là aussi: nous parlons de toilettes, mais aussi de WC pour “water-closet” parce que plusieurs sujets de Sa majesté ont inventé puis modernisé la chasse d’eau entre le 16ème et le 18ème siècle: un clapet et des tuyaux permettant de faire couler de l’eau et de l’évacuer en rinçant la cuvette. Devenu automatique, le mécanisme est bientôt installé dans un élégant meuble en bois servant surtout à masquer la plomberie. Avant ce grand progrès, les mêmes sujets d’Albion parlaient français (enfin c‘est eux qui le disent) en criant “Gardy loo”, “gardez vous de l’eau” une sorte de “TIMBER!!!” bien urbain, pour prévenir des vidanges de pots de chambre par la fenêtre…

Fertilisateur intégré
L’histoire domestique des toilettes est ancienne. Elle remonte à la sédentarisation des peuples qui en posant puis en connectant leurs maisons, leur ont fait une place. Alignés ou en cercle dans de grandes salles partagées, pour pouvoir discuter, les Romains passaient du temps assis sur ces plaques de marbre, une fois leur place chauffée par des esclaves. Les latrines furent aussi astucieusement disposées dans certains édifices médiévaux en Europe ou au Moyen-Orient, en hauteur et en porte à faux, pour profiter de la gravité. La matière, déversée plusieurs mètres plus bas, était récupérée parfois séchée, puis redirigée, via des canaux, vers des champs à fertiliser. Encore fallait-il utiliser ces lieux, ce que beaucoup plus tard à Versailles, peu de donnaient la peine de faire, préférant faire, justement, dans les petits coins ménagés par les encoignures de porte ou les épaisseurs des tentures.
Toilettes king size
Les monarques eux n'allaient pas sur le trône, leurs chaises percées venaient à eux. Le meuble a fini par se fixer dans une pièce, et passer de la cabane au fond du jardin ou du palier, à l’intérieur. Il a même grandi sous nos contrées. Depuis 2005 et la loi pour l'égalité des droits et des chances, ces lieux d’aisance méritent mieux leur nom. Agrandis pour pouvoir y accueillir un fauteuil roulant en giration, ils peuvent parfois désormais abriter une bibliothèque, une armoire et d’autres usages. Se pose alors la question cruciale de savoir si les toilettes doivent être ou pas dans la salle de bain ? Et comment les ventiler dès lors que l’architecture contemporaine les a souvent rapprochées des noyaux centraux des immeubles et éloignées des fenêtres.
Confort et progrès
De la planche en équilibre instable aux toilettes japonaises, en passant par les turques, chacun a ses préférences. Le confort et le progrès sont incomparables en termes d’hygiène individuelle et collective, mais rien de très nouveau dans le principe qui rapproche étrangement, plusieurs fois par jour, notre intimité de celle de nos habitations, à travers un savant système de tuyauterie également dissimulé. L’objet lui-même que l’on pourrait appeler le terminal des départs n’évolue plus beaucoup : la cuvette fut décorée, posée puis suspendue, parfois transparente, dotée de services multiples comme des jets multidirectionnels et à température variable qui économisent le papier mais pas l’électricité, de canaux différents pour trier la récup.... Mais fondamentalement, un chiotte reste un chiotte.
Hygiène et santé
Nous, qui en bénéficions, devrions savourer notre bonheur tous les jours. Car ce confort et ce progrès, généralisés il y a une petite centaine d'années, manquent encore à près de la moitié de l’humanité. Le sujet a du mal à mobiliser les médias comme les responsables politiques, pourtant il est essentiel et l’Organisation des Nations Unies le rappelle chaque année, le 19 novembre, lors de la journée internationale des toilettes: “Il suffit que quelques membres d’une communauté n’aient pas de toilettes pour que la santé de tous soit menacée. Faute d’assainissement, les sources d’eau potable, les rivières et les cultures vivrières sont contaminées.” En 2017, plus de 4 milliards de personnes ne pouvaient utiliser des latrines reliées à une quelconque forme d'assainissement, 367 millions d’enfants fréquentaient des écoles sans toilette.

9 septembre 2022

X comme Xénon

J’ai un nom grec court mais improbable, je suis à la fois noble et apatride, présent dans chaque bouffée d’air que vous inspirez mais si rare que vous n’avez peut-être jamais entendu parler de moi, je coûte cher mais je peux vous faire économiser des centaines d’euros cet hiver.
Qui suis-je ?

Je détends l’atmosphère
Mon nom provient du mot grec ξένος, « étranger » et j’ai été découvert à la fin du XIXe siècle par un duo de chimistes britanniques qui n’arrivaient pas à me rattacher aux autres éléments périodiques. Je constitue seulement un vingt-millionnième des molécules de l’atmosphère terrestre et je m’échappe facilement lorsqu’on tente de me capturer. Comptez 25 tonnes d’oxygène liquide pour isoler seulement 1 kg de moi-même. C’est bien plus que pour mes banals cousins, les autres gaz nobles (krypton, argon, néon), avec qui je daigne quand même cohabiter dans le tableau de Mendeleïev. Ma présence dans l’air est donc très rare et cela vaut mieux... Puissant narcotique et sédatif utilisé en chirurgie, je pourrais bien vous embarquer dans mon trip. Vous avez mon nom ?

Ça gaze dans vos doubles vitrages !
Alors que les interstices de vos doubles vitrages étaient remplis d’air dans les années 80-90, c’est désormais moi qu’on y enferme. Car si l’on préfère encore souvent mes cousins pour des raisons économiques, je suis bien plus smart qu’eux ! Grâce à mes excellentes propriétés calorifiques, j’offre la meilleure isolation à vos nids douillets. Doté du plus faible coefficient de transmission thermique (Ug), je ne laisse pas la chaleur se dissiper par vos ouvertures, responsables de 15% des déperditions en moyenne. J’isole mieux vos fenêtres dans une lame de 8mm que l’argon dans une lame deux fois plus épaisse ! A vrai dire, je suis tellement efficace que les experts techniques du bâtiment du CSTB estiment que je rends le triple vitrage inutile. Toujours pas trouvé ?

Faut pas me chauffer !
L’étendue de mes pouvoirs dépasse le domaine de vos baies vitrées. Je règne en maître sur vos domiciles, à commencer par vos éclairages. J’étais présent dans les premières ampoules de l’histoire, dites à décharge. J’étais là, dans les ampoules fluorescentes, très répandues dans vos intérieurs entre les années 1970 et 2000, aujourd’hui remplacées par les LED. Présent aussi dans les phares de vos voitures. Présent encore dans les tubes lumineux qui illuminent vos salles de bains, buanderies et bureaux, d’une lumière un peu terne ceci dit. Mais on ne peut pas m’accuser d’être maussade. Créature de la nuit, j’illumine vos soirées en ville. J’embrase les néons bleus ou violets qui constituent un élément esthétique essentiel de vos paysages urbains. D’ailleurs, justice doit m’être faite. Qu’on arrête de me voler la vedette ! Les néons n’ont aucune raison de s’appeler “néons” car ils n’en sont remplis que quand ils sont rouges. Ce sont bien plus souvent des… “xénons” ! Alors, vous m’aviez sur la langue ou pas ? Avouez que non.

De l’eau dans le gaz
Nombreux sont les écologues et thermiciens du bâtiment qui rêvent de m’injecter dans vos fenêtres. Dans un monde idéal, je les remplirais toutes. Problème : je reste un produit de luxe. Je coûte environ 15 euros le litre, soit dix fois plus que l’argon ou le krypton. Ce prix exorbitant compromet mon usage, qu’on restreint aux fenêtres des projets immobiliers les plus haut-de-gamme, sauf en Suisse. C’est dommage parce que je pourrais vous permettre de baisser le chauffage cet hiver et vous faire économiser des centaines d’euros. J’ai des super pouvoirs, mais pas celui d'anesthésier la crise énergétique.

30 août 2022

L comme Loggia

Loggia animée au gré de l'ensoleillement. 49 logements à Paris. Bigoni et Mortemard pour Elogie-Siemp. Crédit photo : Bigoni et Mortemard

Roméo et Juliette auraient-ils connu une fin si tragique si la fille de la Maison Capulet avait demandé au fils Montaigu d’abdiquer son nom, depuis une loggia ? L’aurait-il aussi bien vue, entendue ? Elle le fit depuis un balcon et cela a peut-être à voir avec la postérité de cette histoire. Car cette petite dalle débordant de la façade d’une construction, a justement pour fonction de mettre en avant, celui ou celle qui s’y tient et vers qui tous les regards convergent. Aussi divers que le Pape bénissant les pèlerins depuis le balcon de la basilique Saint Pierre de Rome ; Michael Jackson, en roi de la pop, présentant son nouveau-né à la foule de fans massée au pied de son hôtel berlinois en 2002 ; « Je vous ai compris » lance le Général de Gaulle depuis le balcon du Palais du Gouvernement à Alger en 1958. Tous les châteaux ont des balcons pour que les familles royales puissent, d’un petit geste ou d’un sourire, contenter les badauds agglutinés dessous. C’est parfois de ces mêmes perchoirs que sont proclamées les révolutions. Les lieux demeurent aussi célèbres que les évènements qui s’y déroulent, car en ville, comme à l’opéra ou au théâtre, le balcon tient un rôle ambivalent : celui de donner à voir autant que d’offrir une vue imprenable.

Au panthéon des loggias, quelques belles pièces aussi
La loggia, n’a ni les mêmes atours ni le même rôle. Redevenue française après être passée par l’Italie, cette « galerie à colonnes », ordinairement construite sur un côté des palais italiens pour servir de lieu de loisir, c’était d’abord, une loge, venue elle aussi du théâtre et que l’on confond souvent dans le langage courant avec un… balcon. La loggia est pourtant moins vaniteuse, car construite en creux dans la façade. Ouverte sur l’extérieur, elle expose moins qu’elle ne protège, de la vue et des intempéries. Elle aussi a ses célébrités, comme « le balcon de l’Etat » qui désigne la majestueuse loggia de l’Hôtel de la Marine sur la place de la Concorde à Paris, restaurée en 2009, ou celle qui habille la façade du Palais Garnier ; à Florence, l’incontournable loggia des Lanzi, ou loggia de la Seigneurie sur la place du même nom, donne un toit au faste statuaire composé notamment de L’Enlèvement des Sabines (1579-1583) de Jean Bologne. Dans l’architecture moderne à la sobriété lisse, la loggia est un élément parfait. Elle habille sans que cela se voit bon nombre des grands ensembles et des immeubles construits dans les années 70.

Une pièce en plus ?
Un plancher et un plafond, trois murs, une ouverture vers l’extérieur qui apporte ventilation et vue… n’y aurait-il pas là, avant les fonctions d’apparat, de quoi ajouter à sa maison une pièce en plus ? Voilà en tout cas de précieux mètres carrés, alors que la taille moyenne des logements a diminué, en ville, en France au cours des dernières décennies. Une table et des chaises pour déjeuner, un matelas ou un lit dans les pays chauds où les régions qui le deviennent, et cet espace devient une cuisine extérieure, une salle à manger d’appoint, une chambre d’ami. Au Liban, de grands rideaux permettent d’y conserver l’ombre et un semblant de frais. L’architecture contemporaine dote souvent les loggias de volets ou de panneaux coulissants qui dessinent des façades mouvantes. Cet espace quasi clos fait aussi parfois office de cave ou de cellier quand les placards manquent. Depuis la rue, le bric-à-brac entassé se voit moins que sur un balcon, et surtout la loggia peut en supporter beaucoup plus. Intégrée à la structure de l’immeuble, elle n’est pas soumise comme le balcon aux limites du porte-à-faux. Elle ne peut pas tomber !
L’article R111-2 du Code de la construction et de l’habitation définit précisément cette surface entre extérieur et intérieur : même dotée d’un point d’eau et de prises électriques, elle ne compte pas dans la surface habitable d’un logement sauf si elle est close par des baies vitrées. Elle devient alors une pièce à part entière, habitable au sens de la loi Carrez selon la Cour de cassation, saisie à ce sujet à de nombreuses reprises. La différence entre ces mètres carrés « non habitables » souvent très habités, tient alors à leur prix, beaucoup plus élevé, lorsqu’ils rentrent dans le calcul de la surface du logement vendu.

Un instrument pour l’adaptation des logements au changement climatique
Tous ces avantages octroient à la loggia quelques longueurs d’avance, pour l’adaptation des logements au changement climatique. Car elle peut aussi servir d’espace tampon, entre un balcon et l’intérieur de l’appartement. Le système mis en œuvre dans plusieurs projets des architectes Lacaton-Vassal permet de mieux isoler l’intérieur qui exige alors moins de chauffage et offre un usage intermédiaire dans un espace très lumineux. La Charte de la construction durable de la Ville de Marseille la classe comme un élément « d’architecture bioclimatique méditerranéenne ». La référence était toute trouvée : les loggias qui prolongent chacune des pièces à vivre de la machine à habiter, la Cité Radieuse bâtie par Le Corbusier à Marseille en 1952, sont pensées comme des brise-soleils. Le fada ne l’était pas tant que ça, les loggias contribuent au confort thermique en été comme en hiver et remplissent une fonction de modulation de la lumière. Ajoutons que la loggia provoque moins de ponts thermiques et est moins coûteuse à construire que le balcon, cet élément-clé du répertoire de l’architecte a de beaux jours devant lui.

26 août 2022
Entretiens d'Inxauseta à Bunus

Entretiens d'Inxauseta 2022 : Quelle politique du logement demain ?

Dans le cadre des Entretiens d'Inxauseta 2022 "Logement, habitat : ne perdons pas de temps !", 6 duos d’acteurs présents aux Entretiens ont fait part de leur point de vue sur des sujets d’actualité lors de débats enregistrés dans le studio des Entretiens.

Quelle politique du logement demain ?
Henry Buzy-Cazaux, président de l’institut du management des services immobiliers, et Catherine Sabbah, déléguée générale d’Idheal

4 juillet 2022

T comme Tente

Une tente… Que vous évoque cet objet-lieu de vie? Un week-end nature, un camp scout, un festival de rock, du glamping (glamourous camping…) ? La tente se fait écolo ou bobo dans sa version yourte voire chic lorsqu’on y ajoute des guirlandes et des sanitaires. Dans la rue, l’occupant d’une tente est un sans-domicile-fixe, sur une place, c’est un manifestant engagé, dans la nature un baroudeur, sur un théâtre de guerre, un militaire ou un médecin. Dans le désert, la tente témoigne d’une vie nomade et en ville, parfois d’un combat inégal avec des policiers qui piétinent et évacuent violemment ces bouts de toiles et leurs occupants, comme place de la République à Paris en novembre 2020.

Une tente et de multiples usages...
C’est que la tente est un objet difficile à catégoriser. Solution de logement temporaire et mobile pour qui veut, -ou doit- voyager en portant sa maison sur son dos, elle est également le premier lieu de sédentarisation, le premier seuil vers un espace « à soi », protégé du regard des autres et des intempéries. La tente est la première unité d’habitation, le premier logement construit. La plus ancienne a été découverte en Moldavie et daterait de -40 000 avant J.C.. Est-ce son côté pratique, léger et indispensable, elle n’a jamais cessé d’être fabriquée et peut l’être à l’aide de toutes sortes de matériaux. De nouveaux modèles apparaissent, toujours plus résistantes au froid, ergonomiques, ou écologiques. Les tentes belges ORIG-AMI distribuées aux SDF sont par exemple des abris en carton recyclé, facilement pliables et transportables. Elle change de taille: une personne se glisse dans la « Quechua 2 s » qui se déploie en un clin d’œil et se replie en à peine plus (une fois compris comment faire un 8). Il faut un peu plus de temps pour installer les tentes berbères aux sols recouverts de tapis, mais elles peuvent abriter des assemblées entières.
Une tente pour se loger
La tente permet aux SDF de soustraire du paysage urbain et à la vue des passants, la vision de leur corps fragilisé. Paradoxalement, le campement comme phénomène urbain mondialisé, issu de la précarité et des mouvements politiques qui la combattent, leur apporte, une visibilité nouvelle. En France, l’usage récent des tentes comme dispositif politique date de l’hiver 2006 avec l’installation des enfants de Don Quichotte le long du canal Saint Martin dans le 10ème arrondissement, pour faire réagir opinion publique et classe politique. En 2009, l’association Médecins du monde décide de distribuer ces abris aux démunis comme sur un lieu de catastrophe. La même année, au Japon, le village de tentes installé près du palais impérial par Renzo, la Confédération des syndicats du travail, dénonçait le sort des personnes qui perdaient leur emploi et n’avaient pas accès au chômage.
Une tente pour alerter
La géographe Djemila Zeneidi-Henry analyse ces mouvements qui mêlent l’usage des tentes, objet de survie et support d’action politique, comme une complexification des signifiants associés à la présence des SDF, et une politisation de l’ordinaire et de l’habitat. D’unité d’habitation, la tente s’impose comme « unité d’évaluation de la situation » pour dresser un état des lieux. La tente devient un symbole d’occupation de l’espace, non pas furtif et caché, mais revendiqué et militant, comme celui d’Utopie 56 qui accueille des mineurs sur la très touristique place de la Bastille, à Paris en 2022. Plus de 15 ans avant, le président de l’association Les Enfants de Don Quichotte déclarait: « on bougera s’il y a du concret. Chaque fois que quelqu’un sera relogé, on pliera la tente.». Pour le collectif Yes We Camp, l’accueil de touristes dans un camping au pied des centres d’hébergement, dans des projets d’urbanisme transitoire permet de replacer l’hospitalité au cœur des métropoles en occupant les interstices urbains et de montrer la tente pour ce qu’elle est, une étape intermédiaire entre le dénuement total de la rue et les lieux d’hébergement ou un vrai logement. Elle en possède parfois les attributs. Les tentes de la Jungle de Calais étaient décorées, « meublées » d’objets rappelant des ambiances ou des petits morceaux de la maison quittée.
Une tente pour protester
Le combat politique à travers cet objet ne se cantonne pas à la lutte pour le droit au logement. Le campement en ville est également associé aux grands mouvements de contestation. La tente y est utilisée comme le symbole d’une manifestation qui s’impose, via une infrastructure légère, durablement dans l’espace public. Elle s’installe souvent sur les lieux symboliques, places Tahrir au Caire, de la République à Paris avec le mouvement Nuit Debout, à New York avec Occupy Wall Street…
Une tente pour habiter ?
Héberger c’est loger, dit le sociologue Julien Damon. Et camper? Que nous dit une telle multiplicité d’usages, d’occupants, de dimensions sociales et spatiales? Si la tente peut constituer un « logement » pour ceux qui n’en ont pas, permet-elle d’habiter, dans le sens de se construire et se créer un rapport au monde ? Les sans-abris ou les sans-maison vivent à la rue, habitent un espace, une tente, dans l’attente de le quitter un jour.

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